Non mais allô quoi !

Non mais allô quoi !

(Sur le sens de la communication ou la communication du sens ?)

 

Non mais allo quoi - Copie

Par Stéphane VERBOOMEN,
Lions Club Bruxelles Saint Hubert
Président de la Zone 41 du District 112 C Belgium (2013-2015)

 

 

Le formidable développement de l’informatique et des réseaux sociaux a sensiblement modifié notre rapport à l’information et à la manière de diffuser cette dernière. La Communication est devenue un véritable enjeu de société…

Il est dès lors intéressant de constater que la Communication « actuelle », souvent inspirée des techniques de marketing liées à la promotion de produits de consommation, s’est, elle-même, transformée progressivement en « produit de consommation », devenant de facto une affaire de « professionnels ». Le récent développement des Cellules Communication au niveau du Lions Club (et de la société en général) est significatif de ce changement… Ainsi, nous courons le risque d’une désappropriation de notre capacité à véhiculer l’information dont nous sommes, par ailleurs, les principaux acteurs.

Dans ce schéma, le concept même de « Communication » est bien souvent devenu plus important que le contenu censé être véhiculé par ladite communication. Bref, « la forme » a tendance à supplanter « le fond ». La tentation est donc grande de « faire de la communication » là où, il y a peu, nous faisions encore de l’information significative, de l’échange d’idées et du partage de sens… De toute l’histoire de l’humanité, nous n’avons jamais eu autant d’outils de communication à notre disposition et très paradoxalement, aujourd’hui, nous communiquons de moins en moins sur le fond des choses…

Il est vrai que les « professionnels » de la Communication nous incitent à communiquer « sweet, short and sexy » avec un maximum de 300 mots par article… (cf. compte rendu des « Etats généraux de la Communication » du District 112C d’octobre 2013). Si ce type de rédaction « télégraphique », réduit à sa plus simple expression, est adapté à la promotion d’un produit, d’un événement ou encore à la diffusion d’un calendrier d’activités, il est par contre peu propice au développement d’une théorie, à la communication d’idées ou à l’exposé d’une philosophie pourtant bien nécessaire. Cette nouvelle forme d’expression offre, trop souvent, l’exemple d’une langue qui a divorcé d’avec la pensée (cf. Corinne MAIER) : les mots n’arrivent plus à signifier, ils court-circuitent les liens entre les événements et les causes qui les engendrent, ils n’éclairent plus les chemins qui mènent à la raison.

Bien sûr, les « coachs » de la comm’ nous diront (et je ne conteste pas ces chiffres) qu’un article de 50 mots sera lu par approximativement 65% des internautes alors qu’un article de 600 mots ne sera lu que par 25% d’entre eux…

Les articles de fond ont, de fait, de plus en plus de mal à trouver leur place, tant dans le cyberespace (Flash News) que dans la presse traditionnelle (revue Lion) et c’est préjudiciable. Il en résulte un déficit croissant au niveau de la diffusion de nos idéaux et de la philosophie intrinsèque de notre mouvement. Comment dès lors se démarquer de manière significative des autres associations qui œuvrent dans un même secteur d’activité ? Comment intéresser d’éventuels  nouveaux membres et les conscientiser à cet idéal qui fait notre force et qui nous rassemble ?

Certains nous diront également que les jeunes ne prennent plus le temps de lire. Sans doute auront-ils raison. En revanche, sommes-nous suffisamment « percutants » dans nos écrits pour donner aux jeunes l’envie de nous lire ? Les messages que nous diffusons, s’inscrivent-ils dans l’actualité du moment ? En un mot, la pertinence de nos réflexions et de nos « communiqués » est-elle encore capable de rejoindre les préoccupations de la jeune génération qui, rappelons-le, représente l’avenir du Lionisme ?

Si nous souhaitons vraiment changer notre image auprès des jeunes et arriver à les rallier à notre cause il est nécessaire d’utiliser un « minimum » de mots pour définir nos actions, préciser notre pensée et verbaliser notre approche des choses… Cet exercice « intellectuel » est par ailleurs aussi un support précieux destiné à renforcer l’action de terrain.

Alors, si je ne suis pas contre les annonces courtes et pertinentes destinées à « accrocher » le lecteur, je pense qu’il est aussi nécessaire de pouvoir publier des articles de fond, capables, quant à eux, d’expliquer l’essence même de notre mouvement, de nos actions et de raviver la flamme qui est en nous. Ne laissons pas anesthésier la vaillance de notre esprit par des effets de mode : communiquons du sens et, pour reprendre les termes utilisés par Michel AMAND lors de son gouvernorat, « créons du lien » en laissant, pourquoi pas, s’épanouirent nos plumes… N’hésitons pas à reformuler la « Règle » (à comprendre dans le sens de notre philosophie) et, puisque nous la trouvons digne d’intérêt, à la diffuser largement autour de nous.

Pour concrétiser ce propos, il est nécessaire que chacun d’entre nous assume pleinement ses responsabilités et fasse en sorte que l’information au sein du Lionisme retrouve sa véritable fonction : permettre aux Lions de se situer et d’agir en connaissance de cause sur la réalité qu’ils contribuent à créer.

La gageure n’est pas des moindres tant l’on sait l’ampleur que représente le « rajeunissement » de notre institution encore trop souvent perçue à tort, par nos jeunes, comme étant rétrograde. Ceci étant, je reste confiant dans notre capacité à relever ce défi d’avenir.

J’ai dit, en 901 mots… Non mais allô quoi !

Bruxelles, février 2014

 

Illustration : sculpture de Matthieu van der HOEDEN, Brabançon Le Disciple des Arts, Compagnon Sculpteur des Devoirs Unis (photo de Stéphane Verboomen)